L’Enfant empêché de penser


Présentation du travail de Serge Boimare.


Sources : Conférence à l’ICEM ( pédagogie Freinet ) en 2008 ( paragraphes 1 & 2 )

Office Central de la Coopération à l’Ecole ( OCCE de l’Aisne) ( Par. 3 &4 )

Conférence de Serge Boimare ( Par. 5 et conclusion).


Introduction :

Pour l’enfant en difficulté scolaire, ni recette, ni petits trucs à plaquer sur ma pédagogie ; Serge Boimare s’inscrit dans la lignée des pédagogues optimistes, petite lignée où il est peut-être le seul rejeton, et veut seulement « humaniser la pédagogie ».

Comment gagner du temps dans les apprentissages ?

«  La meilleure façon de gagner du temps, c’est d’en perdre ! » pourrait-il dire avec Rousseau.


Il existe encore beaucoup de questions auxquelles cet instituteur, spécialisé depuis 1967, ne répondra pas : celles sur les « méthodes », l’évaluation, le retour à l’école d’autrefois, le redoublement, ce qui concerne l’éducation civique, les rythmes scolaires...

Car quelle que soit la philosophie de Serge Boimare, elle prend racine dans la confiance absolue faite à l’enfant et à sa capacité d’apprendre envers et contre ( ou avec ) tout, si tant est que l’école lui en donne les moyens.

En cela, oui, ce pédagogue « humanise » sa discipline, il va même au-delà de son but en faisant de la pédagogie une science fondamentalement humaniste. 


Il nous invite à le suivre dans une refonte de nos pratiques, et cela sans révolution, sans polémique, sans Réforme tonitruante, sans livrer encore l’école à « radio trottoir »; il nous invite simplement à reprendre notre liberté d’enseignant face à cette relation particulière qu’est la pédagogie, ce lieu où chaque enfant, à sa façon, est confronté à deux contraintes paradoxales :

- d’une part celle des préoccupations personnelles, lieu de possible « empêchement d’apprendre »

- et d’autre part, celle de la possibilité voire de la nécessité pour « grandir » d’aller vers « des valeurs plus universelles ».

C’est en cet « entre-deux » que Serge Boimare situe la capacité de penser.

Et c’est là que doit intervenir l’enseignant.

Voici l’axiome de Serge Boimare , nous y reviendrons souvent: l’école possède deux outils fondamentaux : la culture et le langage.


1 - Le « Nourrissage culturel » :

Pour l’enfant empêché de penser, son monde interne est trop chaotique pour pouvoir être utilisé en pédagogie. Ce monde a besoin d’être remis en place et cela prend du temps.

C’est par le nourrissage culturel que cela se fait : nous développerons au paragraphe spécifique les objectifs de ce recours aux « textes fondamentaux » ( contes, mythes, littérature patrimoniale).


Les thèmes utilisés par le nourrissage culturel sont plus forts que ce que peuvent apporter les enfants en difficulté, souvent pauvres en culture.

Il est question parfois de l’apport éventuel de textes qui « intéressent les élèves ». Certes, il ne faut pas négliger cet intérêt, mais garder à l’esprit que, par exemple, les potins d’un journal ou des émissions de télé réalité ne peuvent remplacer la force nourrissante de la littérature.

En effet, les contes, les mythes abordent de façon subtile, parlant à l’inconscient comme seul l’art sait le faire, les difficultés humaines ; et c’est bien là que leur aide est indispensable.


L’Education Nationale estime aujourd’hui à 15 pour cent le taux d’élèves en difficulté.

On peut espérer le réduire à 5 pour cent, selon cette pédagogie adaptée.

2 – Les causes de l’empêchement de penser :

- Les enfants n’ont pas été suffisamment sollicités au niveau langagier

- Il existe un manque d’initiation à l’épreuve normale de la frustration ( autorité diluée )


Certains enfants présentent ces deux aspects et c’est là que l’on constate l’échec le plus important.


3 – Ce qui caractérise l’empêchement de penser :

A – Ne pas pouvoir affronter le doute qui est un moment clé de l’apprentissage : l’enfant, fortement déstabilisé à ce moment-là, déclenche alors des sentiments, des comportements parasites.


B – Ne pas pouvoir s’appuyer sur un monde intérieur stable, sécure, pour rassembler les représentations nécessaires.


C – Voir se réactiver des émotions, des peurs de la prime enfance


D – Se dévaloriser très vite : aller de plus en plus vers l’évitement, trouver même des stratégies d’évitement d’apprendre.


4 – Repérer les enfants empêchés de penser :

Il existe 3 signaux :

- Difficulté persistante malgré l’aide personnalisée

- Comportement perturbant la situation d’apprentissage ( depuis l’apathie, la « rêverie » jusqu’à l’agitation, l’agressivité, la colère)

- Arrivée rapide des idées d’auto dévalorisation, de découragement


5 – Quelles solutions l’école peut-elle proposer ?

NB : Surtout ne pas croire que ce problème va se résoudre avec des cours supplémentaires.

2ème axiome de Serge Boimare :

Tout repose sur une pédagogie qui ambitionne avant tout de relancer l’activité de penser.


Il faut ici rappeler que le professeur possède les 2 leviers les plus efficaces : Culture & langage.

1 ) Un apport culturel intensif :

Lecture quotidienne, à haute voix par l’enseignant de textes fondamentaux :

- Ce nourrissage culturel suscite l’intérêt de l’enfant pour la connaissance

- Cela sécurise et enrichit son monde intérieur et ses représentations ( par exemple, chaque conte traite, de manière symbolique des peurs ou angoisse enfantines (ou humaines ! ) sans que l’on ait besoin d’ aborder celles-ci explicitement. ( cela concorde avec les recherches des psychiatres : B. Bettelheim)


2 ) L’entraînement quotidien à parler

But : Aider l’enfant à affronter le doute grâce aux échanges avec les autres qui les poussent à débattre et argumenter.

Il faut s’appuyer sur les sujets du nourrissage culturel car les sujets du quotidien ne sont pas adéquats. ( cf : par. 1 )

Théorême de Serge Boimare :

Si l’enseignant sait se servir des deux leviers que sont culture et langage, il va en trouver un 3ème : le groupe et la dynamique du groupe.


D’où :

3 ) Donner des racines et du sens aux apprentissages en classe ( surtout les apprentissages fondamentaux ) : Comment ?

En les reliant à cette culture partagée que l’on a donnée à la classe avec 1 et 2.

6 – Propositions générales :

- Alimenter la machine à penser

- l’entraîner

- donner l’envie et l’occasion de penser


- Choisir des textes qui ont 3 qualités indispensables :

1 ) intéresser les élèves ( tout en évitant une curiosité inappropriée à l’acquisition du savoir) : recourir à leur vécu humain, aux idéaux, aux grandes questions philosophiques qui préoccupent notre espèce, aux défis, à l’aventure humaine, à la réalité des phénomènes naturels

2 ) donner la possibilité de mettre des mots, des scénarios sur les inquiétudes qui se déclenchent trop vite devant la contrainte de l’apprentissage

3 ) Se rapprocher des émotions pour les mettre en forme mais donner aussi le fil pour s’en éloigner.

C’est dans cet espace entre les préoccupations personnelles et la possibilité de « décoller », d’aller vers quelque chose de plus universel que se situe la capacité de penser.


Conclusion :

Restaurer la capacité à penser et redonner les compétences intérieures qui manquent aux élèves en difficulté sont les deux priorités incontournables.

L’un ne va pas sans l’autre car le travail se fait simultanément.


Les deux questions le plus souvent posées par les enseignants sont :

- A-t-on dans le cadre pédagogique ce qu’il faut pour faire cela ?

- Est-ce-que cela ne va pas dénaturer l’identité de l’enseignant ? ( son programme, son message, ce qu’il a à faire passer…) et que va-t-on faire des « bons élèves » pendant que l’on s’occupe de ces enfants-là ?

A ces deux questions dont il souligne la légitimité, Serge Boimare répond : « oui c’est possible! »Un possible tiré de sa propre expérience :  « Cela ne m’a jamais posé problème ».

Peut-on le croire sur parole ? Non, car nous le croirons par notre propre expérience :


Nous est-il besoin de recourir aux arguments de ce pédagogue qui consacra sa vie à l’Enseignement, avec une majuscule car il est l’enseignement à tous, celui qui constate qu’ il n’y a ni bons ni mauvais élèves, qu’il n’y a que des enfants plus ou moins enclins à apprendre et cela plus ou moins vite, facilement, sereinement, sagement… selon les différentes périodes, les aléas, les accidents de leur vie ; car, en pédagogie, il ne peut se construire de mesure que celle qui permet de progresser.

Et chacun peut toujours et doit progresser.

Ne sommes-nous pas, nous autres enseignants, capables de reconnaître à l’aune de notre pratique, le bien fondé de ce que préconise Serge Boimare ?

Les textes de l’Education Nationale mettent «  l’enfant au centre du système éducatif » : « accoucher son esprit » faire éclore sa capacité de penser ne nous en procure-t-il pas le seul moyen réel ; l’identité de l’enseignant est définie, ainsi que le résumait un ami de Célestin Freinet non par une méthode mais par un état d’esprit, ; mais pour en revenir purement à la pratique :

Oui nous pouvons !

...

Pour ce qui est des « programmes », tous les textes fondamentaux y sont inscrits, ainsi que la logique, l’argumentation, la démonstration.


Nous pouvons suivre la pédagogie Boimare avec les élèves en difficulté sans pour cela laisser de côté les bons élèves : ceux-ci n’en seront que meilleurs car ils entraîneront encore davantage leur capacité à penser, ils s’enrichiront de culture qui n’est pas un luxe ni un petit plus mais le fondement de l’école! ils donneront eux aussi du sens à leurs apprentissages ( ce qui n’est pas un luxe inutile non plus!), ils apprendront à mieux argumenter et, cerise sur le pain au chocolat, ils pourront même aider les autres et s’essayer à la coopération quand ils seront las de la compétition.


Merci Serge.


Corinne Lerolle,

Directrice d’école en retraite. http://lerolle.fr.cr




Bibliographie concernant Serge Boimare:



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